A PROPOS DE « La Plage de l'Ouille »
La question est souvent posée quant au nom de cette place. Jean Pierre NONDEDEU nous propose cette possible explication, recueillie auprès de Pierre RIMBAU, dit « Pierre de l'Ouille ».
Pour les non initiés au parler catalan, l' Olla (prononcer : Ouille ), est une marmite en fonte aux flancs arrondis, avec une anse permettant de la suspendre à une crémaillère au dessus de l'âtre. On peut affirmer que l' Olla était l'ustensile de cuisine le plus utilisé par nos anciens.
L'époque de l' Olla , c'était aussi celle où les barques naviguaient encore à la voie, ou à la rame suivant le cas.
Avant la dernière Guerre Mondiale, toutes les plages de Collioure, de la Ville comme du Faubourg, étaient entièrement occupées par des barques catalanes colorées aux noms pittoresques serrées les unes contre les autres (on en comptait plus de 100 !).
Cette flottille était essentiellement vouée à la pêche à la sardine et à l'anchois, qui constituait alors la principale activité de la population colliourencque (avec les ateliers de saleurs) et créait une animation permanente aujourd'hui disparue.
Il était alors d'usage d'étendre les filets pour séchage sur les plages. Des plages, qui compte tenu du nombre important d'embarcations s'avéraient bien sûr insuffisantes pour satisfaire tout le monde à la fois. Il est probable que le Prud'homie établissait un tour de rôle à observer.
Mais, il fallait bien se donner d'autres possibilités.
Ainsi, certains pêcheurs avaient ils choisi d'aller tendre leurs filets sur la plage de l 'Ouille . Cette petite plage au nord-ouest de Collioure est située sur le territoire d'Argeles sur Mer, la rivière du Ravaner délimitant les territoires communaux des deux localités.
Les équipages devaient bien sûr rester la journée entière sur le lieu.
Pendant qu'une partie du personnel étendait les filets, le mousse était chargé de se rendre au village, tout d'abord « chez marcel » (Marcel Moly, père de notre… maire) boulanger à la rue Pasteur), pour le pain, et « chez Mimi » (Mimi Atxer, dite aussi « Mimi Chou », épicière rue Saint Vincent), pour le morceau de fromage de Roquefort.
A défaut d'un mousse la démarche en incombait à un jeune matelot avide de faire une heureuse rencontre.
Un membre de l'équipage était détaché à la cuisine (chaque barque comptait un « maître coq »). Celui-ci était aussi responsable du feu (avec le bois sec ramassé sur la plage) et de l'a pp rovisionnement : pommes de terre, oignons, ail, huile et, surtout sagí (saindoux rance), indispensable à la préparation d'une bonne pignata ou d'un all cremat .
Sur les lieux même, les jardin dits « de l'Ouille », on se ravitaillait en tomates, oignons tendres, radis bleus, concombres…. Tout ce qu'il faut pour une bonne salade.
Par ailleurs, si chaque barque avait sa cruche d'eau douce, chacun avait aussi avec lui sa borratja (gourde catalane) de vi bo (bon vin) qu'on buvait à la regalada .
En fin de matinée, l'équipage disponible, un homme à chaque extrémité, ramassait les filets séchés en les levant sur les épaules et ce n'est que dans l'après-midi, après le repas et un bin de sieste (à cause du soleil parfois trop généreux dans notre Roussillon), que ces filets étaient remontés à bord, pour le départ à la pêche du soir.
Ainsi, on pourrait donc supposer que l'habitude ait associé le lieu et ce moment agréable dans un quotidien qui ne l'était pas toujours autant dans la vie professionnelle d'un pêcher et que symbolisait si bien l' Olla .
Une a pp ellation populaire pleine de sens, que lui aura ôté un processus de francisation inventant l'a pp ellation « Plage de l'Ouille ».
Il y aurait aussi une autre version pour une origine plus ancienne. Une version selon laquelle un bateau de la flibuste chargé d'un trésor serait venu s'abriter dans l'anse de l'Ouille pour échapper à ses agresseurs.